AFUS - Coutumes et fêtes populaires du Canada français


Les coutumes sont des rituels et des traditions qui reflètent l'unité d'une communauté donnée, c'est pourquoi elles en disent tant sur une société.  Les rites de passage ayant attrait à la naissance, le mariage et la mort sont des évènements très codifiés.  Les coutumes et fêtes populaires structurent la vie de la communauté et participent à la définition de son identité.  Les fêtes populaires sont fêtées différemment selon les régions ou les villes du Canada français et il est intéressant de voir les différentes manières de célébrer une même fête.

Rites de passage : naissance, fréquentations et mariage, mort et funérailles
Les rites de passage représentent des étapes importantes dans la vie d'un individu et sont nécessaires à son insertion dans la vie sociale de la communauté, comme en témoigne le baptême de l'enfant ou la danse sur les bas perpétuée pendant les mariages.

Naissance : grossesse, accouchement, relevailles, baptême
La naissance ainsi que tous les aspects relatifs a la venue au monde de l'enfant (grossesse, accouchement, période des relevailles, baptême, etc.) sont soumis a des codes de conduite bien précis.  La future mère, qui selon l'expression populaire était 'partie en famille', doit faire face à des interdits et des impératifs que lui impose sa communauté, plus précisément sa famille.  Le médecin occupe également un rôle important puisqu'il représente l'autorité de santé à laquelle on s'en remet pour le bien-être de l'enfant.  Dû à l'influence importante de la religion, il lui était interdit de fumer et de boire pendant la grossesse.  Il ne fallait pas non plus prendre de bains chauds car on disait qu'ils provoquaient des fausses couches.

Les parents cachaient la grossesse de la mère aux enfants qui, le jour de l'accouchement, étaient généralement envoyés chez les voisins.  Lorsqu'ils revenaient et voyaient le nouveau né, on leur disait que 'les sauvages avaient apporté un bébé'.  Certains allaient même jusqu'à justifier la condition alitée de la mère en expliquant que les 'sauvages' lui auraient cassé la jambe pour qu'elle garde l'enfant.

Des méthodes et procédés étaient supposés prédire le sexe de l'enfant.  La plus répandue d'entre elles était l'aiguille enfilée : on approchait une aiguille du ventre de la mère, quand l'aiguille se promenait sur la longueur, c'était un garçon, si elle tournait en rond, ça annonçait une fille.  Les croyances entourant la grossesse étaient nombreuses.  Par exemple, il est dit que la future mère devait satisfaire ses envies alimentaires sous peine de voir son enfant marqué par cette privation.  Les gens considéraient que si la mère souhaitait manger un aliment, qu'elle ne satisfaisait pas ce désir et qu'elle passait ses mains sur sa joue, l'enfant naîtrait avec une tâche sur la joue.  La femme enceinte ne devait pas non plus porter de chaine ou de foulard autour de son cou, de peur que le cordon ombilical s'enroule autour du cou du bébé et l'étouffe.  Ces croyances ont peu a peu disparu à mesure que les femmes enceintes ont eu accès à l'éducation et que les connaissances médicales sur la grossesse se sont améliorées.

Le baptême de l'enfant, qui devait se faire au plus vite après la naissance pour que l'enfant soit béni même dans le cas où il ne survivrait pas (et puisse ainsi être enterré au cimetière), se faisait la plupart du temps le jour de la naissance ou le lendemain et ce, sans la présence de la mère pour deux raisons possibles.  La première parce qu'elle devait rester au lit et se reposer pendant quarante jours après l'accouchement, ce qu'on appelle la période des 'relevailles'.  La deuxième raison est qu'elle devait préparer le repas pour célébrer le baptême.  Seuls le père et les parrains et marraines y assistaient.  Le trousseau du baptême devait être constitué pendant la grossesse si la future mère n'en avait pas hérité de sa mère.  En effet, traditionnellement le trousseau se transmettait de la mère à la première de ses filles qui se mariait.  L'enfant quant a lui est vêtu d'une robe blanche pour être baptisé, que ce soit un garçon ou une fille, et le vêtement peut être confectionné à partir de la robe de mariée de la mère.  De nos jours, le baptême peut survenir plusieurs semaines voire plusieurs mois après la naissance de l'enfant.

Le mariage et la 'danse sur les bas'
Le mariage symbolise le passage de l'adolescence à la vie d'adulte et représente une étape importante à travers laquelle les individus quittent la maison des parents pour former leur propre unité familiale.  Il était d'usage que la future mariée accroche son chapelet à la corde à linge la veille du mariage pour assurer un beau temps le lendemain.

Le jour même de son mariage, il était de coutume (supposée être une vieille tradition anglaise) que la mariée porte un vêtement ou un accessoire ancien, un neuf, un emprunté et un de couleur bleu (''something old, something new, something borrowed, something blue'').

Traditionnellement, le gâteau de noces est constitué de trois étages de tailles différentes que les mariés doivent découper ensemble pour servir leurs hôtes, en ayant chacun une main sur le couteau.  À la fin de la soirée les mariés font le 'pont d'amour', c'est-a-dire qu'ils passent au milieu de deux rangées formées par les invités pour remercier ces derniers de leur présence.  Une autre coutume concerne le lancer du bouquet de fleurs par la mariée et le lancer de la jarretière par le marié qui déterminent traditionnellement les deux prochaines personnes à se marier.

En dehors des rites entourant le mariage de deux individus, une coutume s'est perpétuée de génération en génération.  Lorsque un membre d'une famille se marie avant son ainé, ce dernier doit ''danser sur ses bas'' pendant le mariage (aussi appelée la 'danse en pieds de bas').  L'expression utilisée pour décrire les ainés ''dépassés dans le mariage'' est la suivante : 'ils se sont fait faire la barbe'.  Cette expression ne représente en rien un compliment puisque cela signifie que l'ainé n'a pas été assez 'bon' pour trouver un conjoint.  Il s'agit principalement d'un frère ou d'une sœur mais il est aussi possible que ce soit un oncle ou une tante par exemple.  Parfois les bas sont confectionnés par le ou la marié(e), une personne de la famille du danseur sachant tricoter, parfois par celui qui doit danser lui-même.  Il s'agit de ''punir'' l'ainé de ne pas avoir trouvé un conjoint et de le ridiculiser lors du mariage de son frère ou de sa sœur cadet(te) en le faisant danser seul devant la foule.

Lors de la célébration du mariage, le 'vieux garçon' ou la 'vieille fille' est appelé(e) sur la piste de danse.  L'auditoire se place alors en cercle autour de la 'victime' qui chausse ses bas ou ses pantoufles tricotées, généralement de couleurs vives et dans la majorité des cas décorés de grelots, de boucles et de pompons.  La plupart du temps, ces bas sont faits en laine et montent jusqu'aux genoux du danseur.  L'auditoire lance de la monnaie au danseur ou jette de l'argent sur la piste de danse, cet argent est destiné aux mariés et est récupéré à la fin de la danse.

Le décès et les funérailles
Autrefois, lors d'un décès, on sonnait les cloches de l'église, d'une façon différente selon le sexe du défunt : neuf coups pour un homme et huit pour une femme.  On s'assurait que le prêtre ait pu administrer les derniers sacrements, l'extrême-onction, avant que la personne rende l'âme.  Si ce n'était pas le cas, le défunt pouvait se voir refuser l'enterrement dans le cimetière.

Le corps du défunt était entreposé dans la maison, la plupart du temps dans le salon, puis transporté à l'église avant l'enterrement.  On arrêtait les aiguilles de l'horloge pour indiquer l'heure du décès, on cessait toutes les tâches quotidiennes et on recouvrait les miroirs.  Les mains du défunt devaient être jointes avec un crucifix ou un chapelet entre les doigts.  On pouvait également placer un crucifix, un ou deux cierges et de l'eau bénite au chevet du défunt.  De même, un rameau pour bénir le mort pouvait être placé à côté du corps du défunt.

Le mort était installé sur des planches posées sur des tréteaux ou des chaises et recouvertes d'un drap blanc d'où l'expression ''mettre sur les planches''.  Le corps était préparé, c'est-à-dire lavé et habillé par un membre de la famille du même sexe.  De nos jours, ce sont les services funéraires qui se chargent de préparer le corps.

La veillée du mort durait généralement trois jours et trois nuits durant lesquels on récitait des prières.  On suspendait un papier crêpe noir ou une couronne mortuaire sur la porte principale de la maison pendant ces trois jours pour indiquer qu'il y avait un membre de la famille qui était décédé.  Chez certaines familles, la couleur utilisée pour annoncer la mort d'un des leurs pouvait être le mauve.  Le premier jour de visites était réservé à la famille proche uniquement, c'est seulement le jour suivant voire celui d'après que les amis de la famille pouvaient dire au revoir à la personne décédée.  Les personnes se relayaient ainsi jour et nuit pour ''veiller le corps''.

La famille réservait le lot, c'est-a-dire la parcelle de terre dans le cimetière, à l'avance.  Lors de la mise en terre du cercueil, le prête l'aspergeait d'eau bénite et on jetait une poignée de terre sur la tombe.  Parfois, les membres de la famille eux-mêmes pouvaient jeter une poignée de terre sur la tombe.  Pour certains, cela signifiait le dernier au revoir au défunt en lui souhaitant bonne route, pour d'autres la signification est celle du retour à l'état de poussière.  Des objets pouvaient également être placés auprès du défunt, dans le cercueil ou dans la fosse mortuaire.

La période de deuil variait selon la parenté du défunt.  Généralement, l'épouse ou l'époux en deuil devait se vêtir de noir pendant deux ans puis pouvait porter du gris pendant les six mois suivants avant enfin de pouvoir revêtir des couleurs.  Pour ce qui était de la mort d'un frère ou d'une sœur, la période de deuil était d'un an à ne s'habiller qu'en noir, puis six mois en gris.

Religion populaire
Auparavant, la religion occupait une place importante dans la vie des individus et avait une grande influence sur leur vie.  Toutes les facettes de la vie quotidienne étaient influencées par la religion, les fêtes populaires (Noël, Pâques), les grandes étapes de la vie (naissance et baptême, mariage, mort et funérailles), les croyances (légendes et superstitions), etc.

Objets de piété et lieux de culte
L'église était le lieu de culte principal et les gens s'y rendaient régulièrement.  Néanmoins, ils possédaient également une grande variété d'objets de piété chez eux ou sur eux lors de déplacements afin de pouvoir toujours pouvoir prier mais aussi pour être protégé.

Parmi les objets de piété conservés par les personnes dans leur foyer, on peut citer entre autres les croix, les chapelets, les scapulaires, les livres de prières, les crucifix en métal, les rameaux tressés et/ou bénis, les statuettes et figurines (ex : ange en plâtre, signe de pureté et de liberté), les cartes mortuaires (ou 'cartes commémoratives'), les images a caractère religieux (image du Sacré-Cœur) et les médailles (médaille de la Sainte-Vierge).  Le crucifix est l'objet le plus communément répandu et se plaçait généralement au dessus de la porte de chaque pièce de la maison.

Fête de l'action de Grâce

Fête-Dieu
Cette fête fait partie des célébrations qui ont peu à peu disparu du folklore franco-ontarien.  Célébrée au début de l'été en l'honneur du Saint-Sacrement, la Fête-Dieu se caractérisait par une procession dont la longue préparation et la richesse des décorations (chandeliers, dais, bannières, croix, drapeaux et fleurs entre autres) n'avaient nul pareil dans les fêtes liturgiques.

Le curé du village déterminait l'itinéraire de la procession qui variait d'une année à l'autre.  Un ou plusieurs citoyens étaient choisis pour accueillir la procession et célébrer la messe à leur domicile : il fallait choisir une ou deux maisons où le reposoir serait érigé.  Le choix était décisif puisque les personnes choisies devaient être des paroissiens exemplaires.

Des costumes d'anges, robes blanches avec ceinturons bleus et ailes en carton recouvertes de papier doré, étaient confectionnés pour les enfants du village qui auraient la chance d'interpréter ces personnages lors de la procession.

Des chorales d'enfants et d'adultes chantaient des cantiques tels que Tantum Ergo et O Salutaris, les maisons qui se trouvaient sur le passage de la procession étaient décorées avec attention, le curé portait l'ostensoir pendant la marche, les enfants de chœur vêtus de soutanes rouges tenaient des chandeliers et un encensoir participait à l'identité de la fête en libérant un nuage de fumée blanche et odorante.  Pendant la procession un autel temporaire était dressé comme reposoir où les gens pouvaient s'adonner à des prières.  La procession se rendait ensuite a l'église pour y déposer l'hostie.

Il y avait trois étapes à suivre lors de la Fête-Dieu : le jeudi, jour de la fête officielle; l'octave du jeudi de la Fête-Dieu au dimanche du Sacré-Cœur et le dimanche dans l'octave de la procession, du reposoir, des cantiques, des prières et du salut du Saint-Sacrement.

Fêtes populaires et mets cérémoniels : Noël, Sainte-Catherine, Pâques, Saint Jean Baptiste, etc.

Noël
Pendant l'Avent, soit les quatre semaines précédant la veille de Noël, des messes avaient lieu tous les matins et tous les dimanches.  De plus, les individus ne devaient pas consommer d'alcool ni manger de gâteries comme le chocolat pendant cette période.

De la première journée de l'Avent jusqu'à la date du 25 décembre, les habitants se rendaient chez leurs voisins pour chanter les cantiques de Noël tel que 'Venez divin messie', 'Les anges dans nos campagnes' ou encore 'Il est né le divin enfant'.  Puis, la veille de Noël les familles assistaient à la messe de minuit pour célébrer la naissance de l'enfant Jésus.

Selon la coutume, les enfants plaçaient leurs 'bas' près de la cheminée pour que le père Noël puisse y déposer des cadeaux dans la nuit de Noël.  Il semblerait qu'autrefois, les cadeaux étaient donnés le jour de l'an et non à Noël.

Pâques et le Carême
Communément, le Carême, qui consiste en une période de quarante jours de jeûne pour célébrer le Christ, est une occasion pour les chrétiens et catholiques de se réunir avant la grande fête de Pâques.  La sainte quarantaine commence toujours par la cérémonie des Cendres qui a lieu un mercredi.  Le Mercredi des Cendres est une journée de jeûne et d'abstinence durant laquelle les fidèles doivent s'abstenir de consommer de la nourriture en excès et des boissons spiritueuses mais doivent également prier.  La période du Carême est un temps de purification corporelle et spirituelle.

Pendant toute la durée du Carême, chacun doit faire des sacrifices comme ne pas aller danser par exemple.  Aussi, chaque vendredi, la viande est supprimée et remplacée par du poisson ou des œufs.  La mi-Carême est une journée de relâche où tous peuvent apprécier les activités et la nourriture proscrite pendant le Carême, c'est une interruption dans le jeûne.

Lors de l'imposition des Cendres, le prêtre bénit solennellement les cendres à l'autel.  Après les avoir sanctifiées par la prière, l'aspersion d'eau bénite et l'encens, il les dépose avec son pouce sur le front des croyants en formant le signe de croix.  Selon les récits, il s'adresse à chaque personne avec des phrases différentes dont 'Souvenez-vous que vous êtes poussière et que vous retournerez poussière' est la plus souvent retrouvée.

Lors de la semaine sainte, c'est-à-dire la semaine qui précède Pâques soit la cinquième semaine du Carême qui commence le Dimanche des Rameaux, les prières deviennent plus nombreuses et les restrictions s'intensifient.  Le Vendredi Saint était généralement réservé au chemin de croix.

Pendant le vigile Pascal à Pâques, on célébrait les grands signes du créateur : l'eau, le feu et l'eucharistie.  On bénissait l'eau utilisée pour les messes et les offices de l'année et les gens pouvaient faire provision d'eau bénite à la fin de la messe.  Le Dimanche des Rameaux, le curé faisait la lecture de la Passion puis avait lieu la bénédiction des Rameaux.  À la messe de Pâques on célébrait la résurrection de Jésus.

Les familles allaient recueillir de l'eau des ruisseaux tôt le matin de Pâques, avant le lever du soleil d'où l'expression 'eau de Pâques'.  L'eau d'un lac ne peut pas être puisée car il faut que ce soit de l'eau courante et non de l'eau qui a stagné.  Cette eau de Pâques était censée protéger les familles et prévenir des maladies.

Aussi, il n'y avait pas de mariages pendant le Carême, les gens se mariaient soit avant, soit après cette période.  Très peu de gens se mariaient pendant le Carême, si tel était le cas, cela leur portait malheur.

L'expression 'faire ses Pâques' désignait la période où les gens allaient se confesser et communier.  D'après la tradition, il faut 'faire ses Pâques' entre le Carême et la Pentecôte.  Ne pas le faire était plutôt mal vu et les gens qui ne faisaient pas leur Pâques n'étaient pas considérés comme de bons chrétiens.

La Saint-Sylvestre

La Saint Jean-Baptiste (voir Collins-Benedicis, Louise)